12 juillet 2012 : Freaks, c’est chic !

Anniversaire de la naissance de l’étrange cinéaste américain Tod Browning, l’auteur du mythique Freaks.

Chaque mercredi galvaude un peu plus l’expression « Septième art » lorsque nous arrivent des films qui n’ont pour raison d’exister que de rapporter plus qu’ils n’ont coûté, avec en cortège leurs interprètes balbutiant des lieux communs, d’une émission l’autre, sans cacher qu’ils accomplissent là une corvée, à des journalistes qu’une convention tacite oblige à ne leur adresser aucune critique. N’insistez pas, je pourrais livrer des noms.

La cinéphilie devenue moribonde, regardons en arrière, vers un temps où les réalisateurs (rôle tenu aujourd’hui par à peu près tout le monde, c’est à dire n’importe qui) les meilleurs avaient l’oeil des grands peintres et l’ambition d’instruire avant de divertir. Un des maîtres américains de ce qu’il est convenu d’appeler désormais l’âge d’or fut Tod Browning, né le 12 juillet 1886 et mort en 1962. De toute sa production émerge, tel un diamant noir, Freaks, daté de 1932, sous-titré la monstrueuse parade. Dans un petit cirque peuplé d’êtres difformes, l’histoire d’amour d’un nain et d’une belle écuyère cupide s’achèvera dans l’horreur …

Tourné avec de vrais phénomènes de foire (une manchote, un homme-larve, une femme-oiseau, un homme squelette...,) c’est le lointain ancêtre d’Elephant man mais surtout une œuvre magistrale, tant Browning a visé juste, qui continue d’émouvoir et de troubler le public quatre-vingts ans après sa sortie. Toute rétine confrontée aux personnages de Freaks en conserve l’ineffaçable souvenir.  ...une plongée dans les abîmes du moi malade qui nous enseigne que la plus terrible inhumanité que nous puissions connaître est nous-mêmes. Le side show en folie devient un fascinant spectroscope de notre propre monstruosité (Claude Beylie, Les Films clés du cinéma, Larousse, 1997).

Autre raison de célébrer Browning : en 1930, il avait perdu son interprète fétiche, à jamais indissociable de son nom, Lon Chaney, surnommé « L’homme aux mille visages... » (prodigieux Fantôme de l’Opéra, en 1925, pour Rupert Julian) dont le fils, également comédien (Le train sifflera trois fois...), Lon Chaney Junior, mourut le 12 juillet 1973.

Browning et Chaney reposent tous deux à Los Angeles mais dans des nécropoles différentes, le premier à l’Angelus Rosedale, le second au Forest Lawn Memorial Park de Glendale (le cimetière des vedettes de Hollywood). Quant au fils Chaney, il fit don de son corps à la science.

Si le fric a gagné la partie et ses galons de valeur essentielle, il perd de son éclat et de son importance quand on a vu Freaks, film indispensable.