11 septembre 2012 : Du bois dont on fait les pères Queuille.

64è anniversaire de la formation du premier gouvernement d’Henri Queuille.

Ce 11 septembre 1948, le radical Henri Queuille accédait à la présidence du Conseil et formait son premier gouvernement. Couronnement de carrière pour ce médecin corrézien, par ailleurs plus de vingt fois ministre - mais c’était une époque instable où valsaient les maroquins -, qui devait retrouver deux fois encore les lambris de Matignon, en 1950 et 1951. Même s’il vécut jusqu’en 1970, l’aube de la Vè République fut son crépuscule. Au cimetière de Neuvic (Corrèze), sa bourgade natale, on continue néanmoins chaque 15 juin de commémorer sa mort et de fleurir sa tombe.

Dans ce cabinet de 1948, que de noms qu’il me fut donné de lire, sur le marbre, la pierre ou le granit de province, anciens ministres, pareils au sous-préfet, aux champs... mais de repos ! Voici, à l’Education nationale, Yvon Delbos, enterré à Montignac (Dordogne) puis Eugène Claudius-Petit, chargé de l’Urbanisme et de la Reconstruction, à Firminy (Loire) ou encore Paul Coste-Floret, responsable de la France d’outre-mer, en la nécropole Saint-Lazare de Montpellier. La liste se poursuit avec, à l’Intérieur, Jules Moch, inhumé à Cabris (Alpes-Maritimes), mais aussi Paul Ramadier à la Défense, dont la tombe se trouve en son fief de Decazeville (Aveyron) et, se démarquant, Robert Schuman, nommé alors aux Affaires étrangères, et qui fut conduit non dans un cimetière mais en l’église de Scy-Chazelles (Moselle). Il n’est pas certain que tous ces patronymes éveillent un écho vivace chez ceux qui naquirent sous Raymond Barre, Pierre Mauroy ou Laurent Fabius.

En revanche, l’héritage de celui qu’on avait baptisé le "petit père Queuille", l’inamovible, fut longtemps disputé dans son département de la Corrèze devenu depuis vivier à présidents. Quand le jeune Jacques Chirac commença d’y faire campagne, il y a quarante-cinq ans, il se flatta d’avoir été adoubé par le vieux sage ce qui est (fort) loin d’être avéré (l’état de santé d’Henri Queuille ne le permettait guère). Et ne dit-on pas depuis quatre mois que le nouveau locataire de l’Elysée, dans sa façon de ménager chacun et d’éviter de trancher les problèmes, se place dans son sillage ? Comme si chacun, à l’époque de la vitesse et de la fugacité, admirant son endurance, cherchait à savoir de quel bois était fait le "petit père Queuille".