13 septembre 2012 : Philippe Pujolle, le bruiteur s’est tu.

L’artiste Philippe Pujolle, mort au printemps, repose au Père-Lachaise.

Il n’y a guère d’émotion plus forte que de découvrir par hasard la tombe de quelqu’un dont on ignorait la mort. A priori on entre au cimetière en sachant qui on va y visiter ; mais les nécrosophes ne sont pas tout à fait comme les autres...

Ce midi, au sous-sol du columbarium du Père-Lachaise, afin de vérifier quelques indications pratiques, numéros de cases, mémorisation de certains emplacements, relevés d’épitaphes et, soudain, dans un cadre ovale, le portrait en noir et blanc, d’un homme qui m’était familier depuis au moins vingt-cinq ans, Philippe Pujolle ! A l’époque où seules trois chaînes de télévision se disputaient la faveur d’un public qui ignorait encore l’usage de la télécommande, il était apparu dans des émissions dites de divertissement, au côté de Guy Lux, Jacques Martin, Michel Drucker et j’en passe. Comédien, chanteur (on admettra que des titres tels Super gringalet et La Chatouille n’élevaient, certes, pas l’âme à un haut degré d’incandescence) , imitateur mais surtout bruiteur, le plus étonnant de la corporation (124 bruits à son catalogue, du cri de la hyène à celui du dindon, de la locomotive qui entre en gare à la légendaire mouche en Solex), au point d’entrer dans le Livre des records pour avoir poussé le plus long cri de Tarzan ! Destinés à ceux qui l’auraient oublié (il fut une période où il était invité dans toutes les émissions populaires, aux heures d’écoute maximale) ou qui seraient nés trop tard pour en avoir le souvenir, voici deux extraits de l’artiste en action :

http://www.ina.fr/divertissement/hu...
http://www.ina.fr/video/I07239476/p...

Depuis des années je croisais souvent Philippe Pujolle dans les rues du XXè arrondissement, surtout aux abords de la porte de Bagnolet, toujours seul. J’ai appris cet après-midi en faisant des recherches sur internet qu’il s’était suicidé le 24 avril (il était né en 1958). Comme (trop) souvent, l’amuseur était désemparé face à l’existence. Sa mort n’eut guère d’écho dans les médias, paradoxe ultime d’un homme de bruits parti sans en faire.

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Philippe Pujolle Case n° 23069

Qu’au moins ceux qui ont le culte des artistes inclassables lui réservent, plutôt qu’une minute de silence, une place de choix dans leur mémoire auditive, auprès de son presque homonyme Joseph Pujol (1857-1945), légendaire pétomane du Moulin-Rouge à la Belle Epoque, dont j’ai retrouvé la trace au cimetière de La Valette-du-Var ... où il repose en pets. Et que ceux qui n’ont que mépris pour les fantaisistes passent leur route.