29 mai 2012 : Le testament d’un génie

Il y a 180 ans, à la veille de sa mort, Evariste Galois jette les bases des mathématiques et de la physique modernes.

Les heures qui composèrent la soirée du 29 mai 1832 équivalent, dans l’histoire des mathématiques, à un voire plusieurs siècles. Dans la cellule où il est emprisonné depuis le mois de mars pour raisons politiques, Evariste Galois, étudiant républicain âgé d’à peine vingt ans, se prépare à mourir. Le prétendu fiancé de la jeune fille qu’il a voulu séduire quelques semaines auparavant lui a demandé réparation de son déshonneur sous forme d’un duel. L’affrontement est prévu à l’aube du 30 mai. Sachant tout perdu d’avance, il ignore le maniement des armes, le jeune homme occupe ses dernières heures de vie à mettre en forme ses découvertes et intuitions formidables. Il écrit à son ami Auguste Chevalier une lettre aussi longue que bouleversante où il expose une théorie révolutionnaire, celle de la résolution des équations par radicaux, donnant ainsi naissance aux mathématiques et à la physique modernes. Ce manuscrit nous est parvenu : d’une écriture sèche et nerveuse, non exempte de biffures, Evariste Galois qui avait rêvé une issue républicaine aux Trois Glorieuses de juillet 1830 annonce une autre révolution. Sous des airs de brouillon ce n’est pas le premier mais le dernier jet d’un esprit supérieur qui se donne à lire. On songe alors à la phrase ultime jetée par André Chénier montant à l’échafaud et désignant son front : Pourtant, j’avais quelque chose, là !

La lettre testamentaire de Galois, conservée à Paris, à la Bibliothèque de l’Institut s’achève ainsi :

Mais je n’ai pas le temps et mes idées ne sont pas encore bien développées sur ce terrain qui est immense. Tu feras imprimer cette lettre dans la Revue Encyclopédique. Je me suis souvent hasardé dans ma vie à avancer des propositions dont je n’étais pas sûr. Mais tout ce que j’ai écrit là est depuis bientôt un an dans ma tête, et il est trop de mon intérêt de ne pas me tromper pour qu’on me soupçonne d’avoir énoncé des théorèmes dont je n’aurais pas la démonstration complète. Tu prieras publiquement Jacobi ou Gauss de donner leur avis non sur la vérité, mais sur l’importance des théorèmes. Après cela il se trouvera, j’espère, des gens qui trouveront leur profit à déchiffrer tout ce gâchis. Je t’embrasse avec effusion. E. Galois

Dans la marge, on déchiffre cette annotation poignante : Il y a quelque chose à compléter dans cette démonstration. Je n’ai pas le temps.

Au matin du 30 mai 1832, Evariste Galois est grièvement blessé par son adversaire puis mené à l’hôpital Cochin où il expire le lendemain. Aucune trace aujourd’hui de sa dépouille mais un cénotaphe au cimetière de Bourg-la-Reine, sa commune de naissance. Qui, mort à vingt ans, laissa plus qu’il ne laissa ?