2 juin 2012 : Prise de recul à Vence

De la tombe du poète Norge à celles, ô combien littéraires, de Vence

Heureux anniversaire, avant toute autre chose, à la doyenne des Français, Marie-Thérèse Bardet, née le 2 juin 1898, qui ajoute à cette qualité celle d’être désormais la femme la plus âgée d’Europe. Née sous Félix Faure, elle aura vu s’achever le quinquennat de Nicolas Sarkozy et connaît avec François Hollande son dix-huitième président de la République (nous mettons entre parenthèses la Seconde Guerre mondiale) après avoir dévoré le XXè siècle de bout en bout.

En même temps qu’elle, voyait le jour, en Belgique, ce 2 juin 1898, un petit garçon qui hérita du patronyme de Georges Mogin, transformé plus tard en Géo Norge, nom de poète déniché à la lecture des timbres-poste norvégiens. Les textes de Norge vaccinent contre la bêtise et la laideur du monde :

Un poète c’est un greffier, un employé du cadastre. Nous notons ce qui nous entoure avec plus ou moins d’émotion. Je suis étonné que tout le monde ne soit pas poète . Quand votre facteur ou votre épicier parlent, ils commencent à faire de l’art.

Au passage, puisque c’est quand même l’objet de ce site, notons qu’il repose à Mougins (Alpes-Maritimes), où il s’était établi, avec sa femme Denise, artiste-peintre, et surtout pas à Cannes où la rumeur numérique persiste à le domicilier. Leur tombe est au cimetière du Grand-Vallon.

Pas très loin de là, le cimetière de Vence où dorment tant d’écrivains et auquel Patrice Delbourg fait allusion dans ce poème dédié à son père, mort en août 2010 (extrait de Longtemps j’ai cru mon père immortel, à paraître au Castor astral, la semaine prochaine) :

magnolias ficus et palmiers au garde-à-vous
tous les alizés de l’arrière-pays
caressent le baous de saint-jeannet
le visage gonflé de trop de sommeil manqué
abolition du réflexe cornéen
son haleine cherche dans les courants d’air
un peu de la fraîcheur des vivants
à l’entrée du sépulcre
il a oublié faim et soif
le goût du saint-amour
et les bons mots de l’os à moelle
seule compte la lutte contre le geste entravé
dans l’étouffante odeur des antalgiques
sa santé de roc à genoux
la souffrance gîte entre les lézardes du poitrail
il reposera près d’henri calet
paraz lawrence et gombrowicz
une bonne compagnie somme toute