Paris 15è, cimetière de Grenelle.

Peut-être le plus discret des champs de repos parisiens. On le remarque à peine dans la longue rue Saint-Charles dont il occupe le n° 174. Plat, rectangulaire, il fut ouvert en 1835 et couvre une superficie de 64 ares (au visiteur pressé, un quart d’heure suffit à en prendre la mesure ; pour découvrir les sépultures mentionnées ci-dessous, prévoir une heure et demie).
Ses abords, précisément le carrefour des rues Cauchy et Gutenberg, s’animent depuis deux ans avec le tournage en pleine rue des sketches de Julien et Quentin du Petit Journal de Canal+ (observez bien, le mur du cimetière de Grenelle leur sert souvent de toile de fond).

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On y rencontre des destins brisés (Louis Coudouret, Julien Pierre, le jeune René Schmid...), plusieurs architectes, des notoriétés d’hier (Louis Madelin) ou d’aujourd’hui (maître Gonzalez de Gaspard, Joseph Poli) mais qui ne rallient pas les foules, une statue stupéfiante (famille Schmid), enfin des généraux qui remettent en mémoire les couplets d’Aristide Bruant (enterré à Subligny, dans l’Yonne) : Mais c’est un quartier plein d’ soldats, / On en rencontre à tous les pas, / Jour et nuit, ’font sentinelles, / À Grenelle ! / J’en ai-t-y connu des lanciers, / Des dragons et des cuirassiers / Qui me montraient à m’ tenir en selle / À Grenelle ! / Fantassins, officiers, colons, / Montaient à l’assaut d’ mes mamelons ! / Ils m’ prenaient pour une citadelle ! / À Grenelle !

À l’entrée, les chapelles des familles Luouet-Girard et Gilot-Lafontaine accueillent le visiteur.

Parmi ses quelque 900 sépultures, j’ai ensuite distingué :

Aubier Louis (1852-1933), général.

Bourgeois Georges (1864-1921), artiste lyrique de l’Opéra-Comique.

Coudouret Louis (1896-1929), aviateur. Né à Marseille mais ayant grandi à Lunel, il s’engagea en décembre 1914 et devint un brillant pilote de chasse. Après l’exploit de Charles Lindbergh, il voulut être le premier à rallier les États-Unis depuis la France. Son avion qu’il ramenait de Séville à Paris, en prévision de cette traversée de l’Atlantique contre les vents dominants, s’écrasa à Saint-Amant-de-Bonnieure (Charente).
Sur sa tombe sont gravées ces lignes :

LOUIS COUDOURET
CAPITAINE AVIATEUR

Pilote de chasse d’une très grande valeur
d’une habilité exceptionnelle remarquable
de bravoure et d’entrain modèle d’allant
d’adresse et de courage d’une audace d’une
adresse et d’un sang-froid exceptionnels.

ENGAGÉ VOLONTAIRE EN 1914
8 CITATIONS

MORT POUR SON RÊVE :

Faire triompher les couleurs
françaises dans la fameuse traversée
de l’Atlantique d’est en ouest.

1896-1929

Décorations pour faits de guerre
Chevalier de la Légion d’honneur
Croix de guerre
Chevalier de St Georges
Sabre d’Or de st Georges
Distinguished conduct in the field
et divers ordres étrangers

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Defossé Adolphe (1855-1922), député (radical-socialiste) du Nord de 1914 à 1919.

Devrainne Charles François (+ 1853, à 42 ans) dont l’épitaphe rappelle que Grenelle fut une commune indépendante jusqu’en 1860 : Instituteur communal de Grenelle pendant 21 ans.

Fauck François (1911-1979), et son épouse, née Jacqueline Grobsheiser (1911-2003), peintres. Lui, qui fut inspiré par son long séjour en Algérie, était né à une date facile à mémoriser, le 11-11-11 et mourut aussi un 11 novembre !

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Ghenassia Robert (1912-2007), médecin, dont le tombeau de facture moderne se repère de loin.

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Gonzalez de Gaspard Pierre (1928-2014), avocat. Il défendit Pierre Chanal (dans l’affaire dite des "disparus de Mourmelon"), Francis Heaulme mais aussi des victimes d’Émile Louis et de Michel Fourniret.

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Klein Paméla (1945-2009), spécialiste américaine de l’oeuvre de Marcel Pagnol à qui elle consacra sa thèse de doctorat. Morte de maladie, elle voulut témoigner de son amour de la France et de sa littérature en créant avec son mari Rowan un fonds de bourse permettant à des étudiants de milieu modeste de venir étudier dans notre pays. Leur épitaphe : Parisiens éternels.

Madelin Louis (1871-1956), historien, spécialiste du Premier Empire, membre de l’Académie française. Inhumé avec son épouse et leur fils, le lieutenant Émile Madelin (1900-1928), mort pour la France, en Syrie.

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Maine Norman, musicien et chef d’orchestre (de son véritable nom André Cazenabe) qui connut le succès dans les années 50 et 60 grâce à un répertoire léger et dansant (Babylone 21-29). Il accompagna, entre autres, Dario Moreno. Aucune date ne figure sur le monument.

Martin Édouard (1847-1920), architecte.

Monge Jean (1916-1991), architecte (à Poitiers, le musée Sainte-Croix qu’il réalisa demeure controversé). Sa sépulture est surmontée d’une sculpture réalisée par son fils, le plasticien Gilles Monge, que ce dernier a dédiée à ses parents.

Pierre Julien (1901-1926), musicien.

Poli Joseph (1922-2011), journaliste. Figure familière et populaire du petit écran, il présenta longuement le journal de la nuit de TF1 (Une dernière) avant d’être évincé en raison de son âge (66 ans).

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Réquin Édouard (1879-1953), général qui commandait la 4è armée en 1940.

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Rémondot Marius (1867-1921), sculpteur, sous un haut monument par lui-même. Il était le beau-frère, leurs épouses étant soeurs, d’Henri Schmid (voir plus bas), inhumé non loin.

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Revert Philippe (1945-1994), cinéaste (cénotaphe).

Ricci Giorgio (1911-1996), architecte.

Schmid Henri , sculpteur comme son beau-frère, Marius Rémondot (voir plus haut). Il réalisa pour lui et les siens le tombeau le plus spectaculaire du cimetière (qui justifie à lui seul d’y venir au moins une fois) : un ange féminin (représentant son épouse qui emporte vers les cieux leur jeune fils de quatre ans, René Schmid (1901-1905). La gigantesque aile de bronze, presque à l’horizontale, est aussi étonnante que le nuage céleste qui jaillit de la sépulture et porte les personnages.

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Stoffel Léon (1859-1921), général.

Valmoral (Ch. de Leeuw) (1883-1977), artiste de l’Opéra.

Deux oeuvres remarquables : un bas-relief de bronze représentant la Cène sur la sépulture Barbecot-Gaulet et la belle plaque Art Déco sur la tombe de Gabrielle Longepied

Sur la tombe d’un homme mort en 2001, nous lisons qu’il était Maître-terrassier de Paris.

Côté prénoms, la récolte est peu abondante mais de qualité : Deslasse et, pour un même défunt, l’association Ferjeux Ferréol (une des nécropoles de la ville de Besançon porte le nom de Saint-Ferjeux).

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Adresse :
174 rue Saint-Charles.
Métro : Lourmel.

Horaires :

du 16 mars au 5 novembre : de 8h à 18h du lundi au vendredi
de 8h30 à 18h les samedis
de 9h à 18h les dimanches et jours fériés

du 6 novembre au 15 mars :
de 8h à 17h30 du lundi au vendredi
de 8h30 à 17h30 les samedis
de 9h à 17h30 les dimanches et jours fériés

À lire également dans la même rubrique :
Paris 12è, cimetière de Bercy.
Paris 20è, cimetière de Charonne.

À lire également sur le 15è arrondissement :
4 décembre 2014 : La tombe d’Hector.