5 juin 2012 : Il est important de lire Constant

Les Mémoires du valet de Napoléon sont parvenus jusqu’à nous mais pas sa sépulture.

Sa taille était de cinq pieds deux pouces trois lignes ; il avait le cou un peu court, les épaules effacées, la poitrine large, très peu velue, la cuisse et la jambe moulées ; son pied était petit, les doigts bien rangés et tout à fait exempts de cors ou durillons ; ses bras étaient bien faits et bien attachés ; ses mains, admirables ; et les ongles ne les déparaient pas ; aussi en avait-il le plus grand soin, comme, au reste, de toute sa personne, mais sans affèterie. Il se rongeait souvent les ongles, mais légèrement ; c’était un signe d’impatience ou de préoccupation.

Ces lignes, décrivant son maître, sont de Louis Constant Wairy, dit Constant, premier valet de chambre de Napoléon. Il le servit de Marengo (juin 1800) jusqu’à l’abdication (avril 1814) puis déserta. On le retrouve sous Louis-Philippe, établi à Breteuil-sur-Iton (Eure) avec sa femme qui tient le bureau de poste. Il décéda dans la bourgade, en 1845, à l’âge de soixante-six ans, méprisé par les fidèles de l’Empereur qui ne lui pardonnaient pas son attitude. Vengeance de la postérité : il n’apparaît pas dans les témoignages des « heléniens » qui recueillirent à Longwood les confidences de Napoléon. Pire : à Breteuil-sur-Iton, on a relevé sa tombe, par erreur (il y a, semble-t-il, une trentaine d’années ; son emplacement même est aujourd’hui incertain) et tout ce qui restait de lui a fini à l’ossuaire local. Ne demeure que sa maison, visible rue du Docteur-Lahaye, au n° 106.

À défaut, lisons ses Mémoires, sans être dupes du jour favorable sous lequel il s’y présente et régalons-nous de ces menus détails qui humanisent le mythe :

L’Empereur n’avait point d’heure fixe pour se coucher ; tantôt il se mettait au lit à dix ou onze heures du soir, tantôt, et le plus souvent, il veillait jusqu’à deux, trois et quatre heures du matin. Il était bientôt déshabillé, car son habitude était de jeter, en entrant dans sa chambre, chaque partie de son habillement à tort et à travers ; son habit par terre, son grand cordon sur le tapis, sa montre à la volée sur le lit, son chapeau au loin sur un meuble, et ainsi de tous ses vêtements l’un après l’autre. Lorsqu’il était de bonne humeur, il m’appelait d’une voix forte, par cette espèce de cri : Ohé, ho, ho ! D’autres fois, quand il n’était pas content, c’était : Monsieur ! Monsieur Constant !

Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l’Empereur sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour (Éditions de Crémille, Genève, 1969)